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Un nouveau billet de mon ami François Druel sur Apple

22 juin 2010 165 vues Pas de commentaires

Après La méthode Google l’an dernier, les éditions Télémaque vont publier un nouvel ouvrage dont j’ai assuré la traduction : les secrets des présentations de Steve Jobs. Ce livre paraîtra à la rentré de septembre.

Or, et c’est une coïncidence, alors que je remettais mon manuscrit, Apple annonçait la disponibilité internationale de l’iPad, que, naturellement, j’ai déjà commandé et dont j’attends fébrilement la livraison. C’est iBooks qui constitue à mes yeux la nouveauté la plus remarquable de l’iPad. Après quelques hésitations, il semble maintenant acquis que cette application sera bien disponible dès le lancement français de l’iPad. C’est une excellente nouvelle. Comme le Kindle avant lui, grâce à iBooks l’iPad va réaliser une synthèse attendue depuis longtemps entre l’écrit et l’électronique.

C’est pourquoi l’édition me semble plus que jamais à la croisée des chemins. L’édition hésite : elle se situe quelque part entre des mauvaises certitudes et des bonnes questions ; écartelée entre des problématiques économiques connues et des réflexions techniques biaisées par un point de vue forcément inadapté.

Dans un communiqué de presse récent, le monde de l’édition française annonce fièrement avoir enfin trouvé un accord concernant la distribution des livres électroniques. Les éditeurs vont lancer une plate-forme centralisée de distribution de contenus. Rien de moins. Les éditeurs m’étonneront toujours ! à l’ère du numérique, ils pensent encore centralisation. Or, ce qui compte ce n’ est pas la plate-forme mais le format et dans ce combat, il faut chercher l’ouverture et la normalisation. Le jacobinisme centralisateur n’a pas d’avenir sur le web, ou sur l’internet, qui est « distribué » par nature.

Dans ce monde nouveau, chacun se doit de démultiplier sa présence. En effet, ce ne sont plus les consommateurs qui vont vers l’offre, mais c’est à l’offre d’aller vers le marché.

Avec les contenus numériques, l’avenir est à la distribution de Pareto et aux longues traines. Gauss et la distribution normale sont morts et enterrés. La musique a montré la voie : l’important, c’est le format (MP3, en l’espèce). Ensuite, c’est à chacun de savoir sur quelle plate-forme il veut être diffusé (Deezer, Spotify, iTunes, etc.) Bref, avec cette plate-forme centralisée, j’ai l’impression que l’édition française reste sur le quai, à regarder passer les trains, en rêvant de voyages…

Parallèlement, de son côté, Apple, qui dispose déjà de sa propre plate-forme de distribution de contenus, a eu la bonne idée de retenir pour ses livres électroniques un format ouvert, ePub, qui fait partie de la grande famille des formats XML. Cependant et comme ce fut le cas avec le couple iPod/iTunes, ce n’est pas Apple qui imposera un format, mais le marché qui le fera émerger. En revanche, en proposant des outils créatifs et ergonomiques, la firme à la pomme a été à l’origine d’un éco-système innovant.

C’est pourquoi un logiciel de création de livres électroniques est une nécessité qui va se faire jour très vite. Apple, qui est coutumière du fait (qu’on pense aux couples Mac/MacPaint ou iPod/GarageBand) pourrait fort bien proposer, en complément de la suite iWork ou de tout autre traitement de textes, un outil permettant de transformer un texte en livre électronique (appelons-le iPrint) qui permettrait à tout un chacun de fabriquer des livres électroniques et de tester ce que S. Belfond, le fondateur de i-Gutenberg, appelle avec justesse des livres augmentés. Un livre électronique donne envie de transcender les notions habituelles de pages, de texte, de lecture, pour aller plus loin, pour essayer autre chose, pour tester…

De même, en suivant cette logique, ouvrir l’iBookStore à tout auteur est une évidence. Ainsi, non seulement Apple resterait-elle dans la droite ligne de sa stratégie (GarageBand/iTunesStore), mais cela permettrait l’émergence d’une vraie révolution de la diffusion des contenus et des idées. Ici se pose la question de l’auto-édition. Je pense qu’elle est promise à un grand avenir. Elle ne se substituera pas à l’édition papier, elle viendra la compléter.

Les livres papier vont continuer à recourir à l’édition traditionnelle : manuels scolaires, littérature, livres de statut (les fameux « beaux livres ») quelques livres de référence, etc. Ils resteront le monopole d’une édition traditionnelle qui va devoir réfléchir à son coeur de métier et à de nouveaux leviers de génération de valeur. Un scénario faisant des livres des objets de luxe n’est pas à écarter. Dans une telle situation, les livres papier n’auront pas d’autre choix que l’excellence et l’exclusivité : excellence des matières, excellence de la typo et de la mise en page, exclusivité du support physique. Les livres papiers seront la haute couture de l’édition. Et d’ailleurs, on pourrait proposer la même analyse pour la presse papier, notamment la presse magazine.

En revanche, à côté de ces produits de luxe va se développer l’auto-édition pour tout un tas d’ouvrages aujourd’hui trop peu nombreux ou manquant d’intérêt commercial aux yeux des éditeurs. FD Conseil a déjà réfléchi des modèles de développement et est en mesure de vous accompagner dans leur mise en œuvre. Voici donc quelques exemples :

- L’auto-édition privée : papy a écrit l’histoire de la famille. Se faire éditer à compte d’auteur serait trop cher : et bien il crée un iBook et le distribue sur une plate-forme telle que l’iBook Store : sa famille peut se procurer le livre. Tata Fannie a écrit un livre de recettes et veut le partager avec ses copines : même cas.

-L’auto-édition d’album photos : ce cas d’usages tombe sous le sens. Naissance du petit dernier, mariage, événements de la vie… construire et distribuer un livre électronique est plus pratique de mettre des photos sur Flickr ou autre service de partage qui ne sont accessibles qu’en ligne et qui ne facilitent pas le partage de photos haute définition ni les usages de type cadre numérique.

- L’auto-édition technique : un projet Open Source rédige le manuel technique du logiciel et le publie au format iBook. Ce livre peut être vendu sur l’une ou l’autre des plates-formes de distribution de livres numériques (Amazon, iBook Store ou autre). Si le livre est vendu à un prix raisonnable (disons 5 EUR), cela permet de participer au financement du projet OpenSource et c’est plus utile que d’acheter un T-Shirt ou un tapis de souris à l’effigie du projet. Ce mouvement est d’autant plus probable que les éditeurs techniques sérieux disparaissent (à l’image de O’Reilly France, par exemple).

- Le roman de gare : avant de monter dans le train, au lieu d’acheter un livre de poche au kiosque du coin puis de le jeter une fois terminé, on télécharge un livre sur son e-Reader. Pour ce genre de livre, un tarif de l’ordre de 1 EUR est suffisant : ça économise les forêts et ça évite de mettre à la poubelles des tonnes de livres qui souvent ne font que prolonger au format de poche une durée de vie déjà longue.

Ce cas d’usage, qui n’est pas à proprement parler de l’auto-édition, s’applique également à la presse magazine. On peut fort bien penser que dans ce cas d’usage se développeront des modèles à tiers financeurs : quand bien même ils adopteront le format électronique, Air France Magazine ou TGV Magazine resteront avant-tout des supports de publicité. De même, la SNCF, comme elle fait déjà pour les podcasts, pourra fort bien proposer à ses clients de télécharger des livres ou des magazines électroniques.

- Les grands classiques : libres de droits, ces ouvrages sont déjà en partie disponibles au format ePub. Ce n’en est pas réellement , mais j’assimile ce domaine à de l’auto-édition car il est certain que le passage au format électronique de ces livres sera le fait de citoyens de bonne volonté, cristallisés autour de projets à la Wikipédia.

- L’auto édition universitaire : un chercheur a vu l’un de ses articles refusés par Nature : il en fait un iBook, plus facile à lire qu’un PDF pour le distribuer via l’une ou l’autre des plates-formes disponibles. En matière de recherche, il est probable que l’auto-édition permette également la démultiplication de publications trop souvent refusées par les éditeurs, y compris les éditeurs scientifiques, par manque de potentiel commercial.

- L’auto-édition de promotion : dans l’esprit des livres blancs, un certain nombre de groupes de pression et de lobbies ont intérêt à diffuser massivement leurs idées et à asseoir leur légitimité. Le prix de ces livres là sera donc sans doute de 0 EUR.

-L’auto-édition de plaisir : certains auteurs de blogs ne manqueront pas de rassembler dans des livres électroniques les notes qui leur semblent intéressantes. Ces livros-blogs pourront constituer des supports intéressants de publicité. Mis gratuitement à disposition du public, ils pourraient aisément être financés par des mécaniques publicitaires à la iAd.

A ce propos, le lien entre livre électronique et blog est à regarder avec attention : allons-nous assister à une éditorialisation des blogs ou à une bloggisation des livres ? La question reste aujourd’hui ouverte et sera tranchée par les usages.

D’autres cas d’auto-édition ne manqueront pas de voir le jour, et ils seront nombreux. Trois paramètres influeront sur le développement de l’auto-édition :

- L’émergence d’un cadre juridique adapté à l’auto-édition. Le droit d’auteur classique, qui peut se comprendre dans une économie de rareté, est totalement inadapté au foisonnement induit par l’auto-édition. La voie est sans doute à chercher dans des initiatives telles que Creative Commons pour ceux des auteurs qui s’attacheront à leurs droits.

- L’émergence d’un format généralisé : en matière de musique, c’est la généralisation du format MP3 qui a permis la création de l’éco-système de la musique numérique. Ce format généraliséreste à asseoir pour l’auto-édition. EPub est actuellement le mieux placé, mais il doit encore s’imposer.

- L’émergence d’une réflexion herméneutique : comme avec internet, se posera la question de la qualité des ouvrages et de la qualité de l’information. Wikipedia a prouvé que les informations ouvertes pouvaient être pertinentes , mais dans le cas des livres, la correction de pair à pair n’est pas possible. Un mauvais bouquin est une horreur. En achtetant un livre, on achète également le filtre éditorial qui fait esperer qu’il sera bon …

Pour conclure, il est évident que l’auto-édition va se développer massivement : non seulement parce que le nombre d’auteurs potentiel est énorme mais également parce que, comme je l’ai déjà dit de nombreuses fois, la puissance et le pouvoirs sont maintenant aux extrémités et plus au centre.

C’est avec plaisir que FD Conseil vous accompagnera dans vos réflexions en matière de publication électronique.

Bien cordialement
Francois Druel

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